Connaissez-vous le plat qui a nourri des générations de paysans ibicenques ? Le sofrit pagès est bien plus qu’un simple ragoût. C’est la mémoire culinaire d’Ibiza dans une assiette. L’Academia de Gastronomía de Ibiza y Formentera l’a d’ailleurs officiellement reconnu comme le plat le plus typique de la cuisine de l’île.
Né dans les fermes de l’île, ce plat était préparé les jours de matanza (l’abattage du cochon) quand les journées de travail étaient longues et physiques. Il fallait un repas capable de tenir au corps. Le sofrit pagès remplissait parfaitement ce rôle.
Qu’y trouve-t-on concrètement ?
Un mélange généreux de viandes (poulet, agneau, parfois lapin) accompagné de pommes de terre, de sobrassada et de botifarron. Ce dernier ressemble au boudin catalan mais s’en distingue par une note de fenouil typiquement ibicenque. Le tout est cuit lentement dans de l’huile d’olive avec un bouquet d’épices : safran, cannelle, clous de girofle, paprika et poivre.
La préparation suit un rituel précis. On fait d’abord rissoler les viandes pour obtenir un fond riche. On prépare un sofrito à base d’oignon, d’ail, de poivrons et de tomate. On ajoute les pommes de terre, un verre de vin blanc et du bouillon. Puis les saucisses rejoignent la casserole dans les dernières minutes de cuisson.
Rien ne se perd : le bouillon sert ensuite de base pour le premier service.

Comment le déguste-t-on ?
Traditionnellement, le sofrit pagès se sert en deuxième plat. Le premier service est une soupe ou un riz préparé avec le bouillon de cuisson. C’est un repas complet qui suit la logique paysanne : utiliser chaque ingrédient au maximum.
Surprenant : ce plat centenaire reste au menu des restaurants les plus réputés de l’île. Pas comme curiosité touristique. Comme plat du quotidien, présent à chaque fête patronale et chaque réunion de famille.

Où le goûter dans les règles ?
Dirigez-vous vers les restaurants de campagne de l’intérieur de l’île. Ca’s Pagès à Santa Eulària est considéré comme l’une des meilleures adresses. Es Rebost de Can Prats à Sant Antoni et S’Espartar à Sant Josep sont aussi des valeurs sûres. C’est dans ces établissements que les recettes familiales se transmettent encore de mère en fille.
Le sofrit pagès ne se résume pas à une recette. Il raconte l’Ibiza rurale, celle des terres rouges et des amandiers. Un patrimoine vivant qui se déguste à chaque bouchée.



